Etre grossophobe: des poids, une mesure.

J’avoue que pour la première fois de ma vie, je n’ai jamais été aussi violente face à des personnes. Je veux dire que j’ai un point de vue très tranché, et que, comme peu de choses avec moi, il n’est pas ouvert à la discussion. En effet, si on lance un débat sur la grossophobie, celui-ci ne pourra aller que dans un sens pour moi : celui de dire qu’être gros, c’est pas très bien.

Mais j’ai beaucoup réfléchi à tout ça, pas mal de remise en question : et si les gens pouvaient faire ce qu’ils voulaient avec leur corps au final ? Et si je me mêlais de mes affaires ? Et si j’étais une énième poufiasse stigmatisante pas du tout ouverte d’esprit ?

Mais on sait très bien que depuis la nuit des temps, les gens n’ont pas arrêté une seule seconde de dire aux autres quoi faire avec leur corps. Celui-ci a pu être un trophée, une vitrine du succès, une image de richesse, un passeport dans la société considérée comme « normale », un objet. Je ne suis pas là pour dire que, puisque tout le monde juge tout le monde, ben putain pourquoi pas moi hein ? Je suis surtout là parce que moi aussi j’ai déjà été jugée sur mon poids, et qu’au fil du temps, j’ai essayé de me forger un avis empirique, scientifique et moral, puisque de toute façon j’étais mêlée à cela, autant se chercher des armes, et tant qu’à faire, prendre un bazooka au lieu d’un lance-pierre. Le problème quand on est jugé sur son corps, c’est que le mental prend direct derrière. On a beau se penser jolie, en forme, si le corps ne suit pas, on finira par le détester autant si ce n’est plus que ceux qui le critique. Je ne vous apprends rien : les solutions sont là ; face à l’adversité, soit on plie, soit on devient plus robuste.

Pour centrer le sujet sur l’obésité ici, qui est l’objet de ce billet, une nouvelle variante est à rajouter : L’état de santé.

Oh je te vois derrière votre écran lever les yeux au ciel, toi, activiste du fat-positivism, entre deux posts sur conbini « Elles font ce qu’elles veulent putain mais tu crois pas qu’elles sont au courant, les personnes obèses, que leur état de santé va se dégrader à cause de leur poids ? Changez de disques, bande de fat-shameurs de merde » » Et je réponds : non, vu l’ampleur du délire, elles ne doivent pas être au courant, et d’ailleurs j’ai plein d’autres trucs à rajouter. Tu vas voir, j’ai même fait des paragraphes en plus.

J’ai totalement conscience que ce billet contient des propos forts, voire insultants, que j’assume. Mais le but était d’exprimer avec le plus d’exactitude ce que je ressens vis-à-vis de ce sujet.

Le double-standard

Personne ne fait des tumblr quand on me dit « hey, faut manger hein. » « hey, ils te nourrissent pas tes parents ? » « hey, tu t’habilles dans le rayon enfant ? »

Mon argument ici, n’est pas de dire que, parce que je n’ai pas choisi d’en faire une croisade, alors les gros ne le devraient pas non plus. Mon argument ici est de dire que l’oppression des gros n’est pas exceptionnelle, et que si le fer de lance de leur mouvement est d’accepter son corps, alors il est hypocrite, illogique et impensable de réagir différemment face à l’obésité, plutôt qu’à un autre état stigmatisant.

Quelles sont les autres stigmatisations alors ? Et bien tout ce qui n’est pas dans la belle et jolie ligne de ce qui est « normal », ce qui bien évidemment, change selon la culture, la société, l’éducation.

Mais évitons de partir dans les communautés trop petites, restons dans les agglomérations des grands discriminés.

Pour commencer, les fumeurs. S’il est acceptable de critiquer les fumeurs et de leur dire que ce qu’ils font n’est pas bon pour leur santé, de mettre des images dégueulasses sur les paquets de cigarettes accompagnés de slogans, en gras, taille 54. Alors il devrait également être possible de mettre cela sur les aliments hypercaloriques, pour les gras qui font du taille 54. Selon l’OMS, les premières causes de mortalité sont les suivantes :

[1]

La première cause est donc les cardiopathies ischémiques, dont les facteurs de risques sont : le tabac, l’hypercholestérolémie, l’obésité, l’hypertension, le stress et la sédentarité.[2]

La deuxième cause, sont les accidents vasculaires cérébraux, donc les facteurs de risques, surprise, sont : en risque majeurs : l’hypertension artérielle, et en risque moyens : le diabète, le tabac.

Ça commence à faire beaucoup, et même si le tabac et l’obésité sont donc à peu près similaires niveau danger, je ne vois pas de prévention aussi violente à l’égard de la nourriture. Pour cette raison, il est culturellement positif de dire à quelqu’un d’arrêter de fumer, mais très péjoratif de dire à un gros de manger moins, à moins de vouloir se faire plaquer au sol. La seule différence majoritaire que je constate entre le tabac et l’obésité est comment elles sont interprétées : Tu fumes, mais tu es obèse. Fumer est vue comme une action tandis que l’obésité relève plus de la personne, de son identité, donc attaquer l’obésité c’est attaquer ces personnes, pas l’obésité seule. Ça rend donc la chose plus difficilement condamnable, parce que cela reviendrait à condamner ces personnes.

Si on prend un autre groupe de discriminés : les anorexiques, qui est l’autre extrême de l’obésité, le même parallèle peut être réalisé. Je me souviens que dans les années 2000, il n’était pas rare de tomber sur des skyblog de pro-ana (pro-anorexique) prêchant la bonne parole, tel le gourou d’une secte arborant des os d’autres anorexiques sur la tête, la pro-ana s’efforçait de faire perdre du poids, son audience ? Des filles peu confiantes en elles, brainwashed, sans doute en manque d’attention, des gens malades et fragiles psychologiquement (I’m sensing a pattern here…)

Il n’y a pas eu de social justice warrior qui se sont mis à défendre la cause des pro-ana. Il était clair pour tout le monde qu’il ne fallait pas être anorexique, ce n’était pas un corps à accepter. Les anorexiques n’étaient pas belles. Il ne s’agissait pas de blesser l’égo de la personne, mais bel et bien de l’aider voire même la sauver. Il n’est pas rare de voir des filles très fines se faire insulter de skinny bitch et se voir cataloguée de fille superficielle. Quelle ironie, elles qui se trouvaient belles et qui s’assumaient dans leur slim taille 28 !

En tapant pro-ana sur google, le tout premier lien est un blog. Sur ce blog, vous trouverez en première page un billet qui donne 113 règles pour être « maigre, et belle ». Alors que ces règles sont littéralement là pour tuer quelqu’un. Quelques exemples :

-Mets sur tes aliments trop de sel ou de poivre, comme ça tu auras une excuse pour ne pas manger mais surtout tu ne pourras pas en manger.

-Trouve une chose à faire qui te fera t’absenter durant les repas

-Prétends trouver Kate Moss moche et Kim Kardashian parfaite (comme ça personne ne suspectera rien)[3]

Et le premier commentaire est celui d’une ancienne anorexique qui condamne tout cela, en disant qu’elle a vécu un enfer. Tous les autres sont du même avis.

Quand il s’agit de perdre du poids, le monde retrouve son bon sens. C’est quoi le délire ? La perte de kgs et le gain de bon sens sont inversement proportionnels ou quoi ? Quand il s’agit de critiquer le poids, plus celui-ci se rapproche des top-models dans les magazines, plus celui-ci est autorisé à être critiqué. Les anorexiques sont beaucoup plus proches des mannequins que ne le sont les obèses, le résultat est donc que de traiter quelqu’un de skinny-bitch sera accompagné de hochements de têtes approbateurs alors que critiquer un obèse, c’est remettre en cause le libre arbitre de la personne directement.

Donc au final, c’est quoi la face cachée de la grosse Lune ? L’obésité n’est donc qu’un moyen triste et bizarre choisi comme terrain de combat pour se rebeller contre les normes sociétales ? L’obésité ne serait-elle qu’un tremplin, un prétexte pour critiquer ces normes ?

Si vous cherchez pro-fat sur google, là les opinions sont plus édulcorées, il y a de tout, des gens pour le body positivism, tout comme des pages fat-shaming. L’obésité est le chouchou de la classe des discriminés.

Pourquoi tout le monde n’arrive pas à être d’accord sur le fait qu’être gros, ben putain, c’est dangereux ? Pourquoi ce romantisme à l’égard de personnes qui sont en train de se tuer elles-mêmes, et qui en font un argument de beauté ?

Aimer le combat, pas le corps.

Ça nous est déjà arrivé à tous au moins une fois : une photo d’une femme déformée ou alors celle d’une petite fille malade, les deux suivies du même texte bien-pensant, bon pour la conscience, se voulant bienveillant et pur, un texte écrit en gras :

« Cette femme est magnifique »

Mais on sait tous que non, elle ne l’est pas, et il y a de fortes chances pour que sa vision soit dure à supporter, ou alors qu’au contraire, elle fasse l’objet d’un regard appuyé, par des gens ayant une espèce de fascination tordue et morbide. Plusieurs points à ouvrir dans tout cela :

  1. Si vous êtes la personne qui a posté cette photo avec ce texte, alors il y a des chances pour que vous soyez hypocrite : vous ne connaissez même pas cette personne, l’exposer ainsi au monde mets plus en relief son défaut, et souligne vos qualités : vous ne faites pas ça pour elle mais pour vous.
  2. Si vous mettez ce genre de photo, vous réduisez le statut de cette personne à ce défaut-là, qu’est-ce que vous nous offrez d’elle ? Sa photo, son apparence physique, à quoi elle ressemble brièvement. Donc vous ne prenez en compte que cela, ne vous attendez donc pas à ce qu’elle soit jugée sur autre chose : c’est vous qui avez mis tout cela en œuvre.
  3. Ce qu’on est supposé trouver beau n’est pas en réalité son apparence mais son combat. Dire qu’elle est belle n’est donc pas approprié. Courageuse peut-être, mais il pourrait être mal interprété : « waw elle est encore en vie, moi à sa place j’aurais pas pu continuer » « waw elle ose mettre des photos d’elle, je n’aurais pas osé »

Peut-être que la meilleure des façons de célébrer la différence est de faire comme si rien n’était.

Pour en revenir aux obèses, les photos d’obèses se montrant en bikini (ou fatkini, parce que c’est aussi un délire) se disant belles, ne le sont pas. C’est physiquement impossible pour beaucoup de gens, dont moi, de penser que la peau qui pend jusqu’aux cuisses, l’incapacité de bouger correctement, les triples mentons soient beaux. Et il y a une raison pour cela, je vais vous le dire de but en blanc : ben putain parce que c’est difforme. Un corps sain n’est pas supposé ressembler à ça. Pour ce genre de photo, il s’agit encore une fois du combat de l’obèse qui est supposé « beau » pas son corps.

Et il y a quelque chose qui me chiffone dans le fait de penser que ce combat soit beau, en tant que bonne grossophobe, je trouve qu’il s’articule autour d’un caprice : une volonté soudaine, irréfléchie et changeante de vouloir faire ce que l’on veut juste parce qu’on le veut. Combattre pour combattre. Il n’y a pas de raison logique, cartésienne et positive au fait de vouloir rester obèse, à part être spécial et donc d’avoir un élément de caractérisation fort ce qui permet de se forger une identité.

L’obésité : une nouvelle identité : la victime

Dans une des vidéos de campagne « Real beauty » lancé par Dove : https://www.youtube.com/watch?v=-owM4crSd4Q

Une femme en surpoids dit : « There is a negative connotation with the word « fat » but I never saw it as something negative, just something that I was, and I was not negative. »

Cette femme se définit clairement comme grosse. Elle l’est, sa vie, son identité s’articule autour de cela, elle donne des cours de danse à d’autres femmes grosses, c’est donc devenu son job aussi. D’après elle, le fait d’être négative est gouverné par le fait d’être grosse, c’est indissociable pour elle, être grosse et positive ? Ça va de pair.  Elle s’est isolée volontairement des autres types de corps du sien, parce qu’elle est physiquement différente. Je pensais que tout le but du combat des obèses était justement d’être vus comme des gens normaux, perdus dans la masse, pas de s’isoler. Visiblement pas pour tous. Question à 6 points : quid des groupes de danses spécialement pour les femmes maigres ? Progrès sociétal ou stigmatisation volontaire ?

Je pense qu’un humain est par définition, beaucoup de choses. Il peut être un parent, un membre actif de la société, une femme, un gamer, un étudiant, une personne oppressée. Mais je pense qu’il est sain pour un être humain de ne pas être qu’une seule chose à la fois.

Le combat des obèses s’articule autour du fait qu’ils sont discriminés parce qu’ils sont gros : pas par leur action, mais juste par le fait de l’être, d’exister.

Ainsi, les obèses se sentent oppressés lorsque les infrastructures publiques telles que les : IRM, les lits d’hôpital, les portiques de détections à l’aéroport, les places dans les transports qui coutent un extra parce qu’ils en prennent deux et j’en passe, ne sont pas adaptés à leur physionomie : Ce n’est pas mon mode de vie qui les dérange, c’est moi. Non mon gars, ce qui me dérange c’est que tu puisses casser une machine d’hôpital de plusieurs millions d’euros et que je puisse plus l’utiliser parce que t’as eu 0 self-control face à des pots des glaces. Ce qui me dérange c’est que les gens doivent se serrer dans l’avion quand ils sont à côté de toi : Donc arrête de te plaindre que la société n’est pas adaptée à toi, ce n’est pas vraiment toi le problème, c’est ton mode de vie. Je ne déteste pas l’obèse, je déteste l’obésité. C’est précisément ce que les personnes en surpoids n’arrivent pas à faire avec elles-mêmes : dissocier l’obèse de l’obésité.

Et donc oui, tu es une victime, victime de toi-même, de ton manque de volonté, parce que oui, hormis les maladies ayant des thérapies entraînant une prise de poids, et autres problèmes psychiatriques, il y a toujours un problème de volonté, de confiance en soi.

Jusqu’où ça ira ? Si on prend les accros aux drogues, souffrant d’une maladie qui les rend différent au quotidien malgré eux, ne devront-ils plus être soignés parce qu’ils ont le droit d’être différents ? Parce que c’est beau ? Parce que ce serait blesser leur égo de leur dire de prendre des médicaments pour les rendre un peu plus normal, soigné, tous les jours ? Pourquoi refuser de voir que l’obésité n’est pas un style de vie mais une maladie, un problème ? Je prends volontairement un exemple extrême pour faire un parallèle. N’importe quel autre exemple de cas de maladies jugée handicapante au quotidien et traitable (pas forcément guérissable) peut être pris, naturellement.

Pour aller plus loin : de la science et du turfu

Des parents obèses ont 70% de chance d’entraîner une obésité chez leurs enfants[4]. Cela a plus à voir avec leur mode de vie qu’ils imposeront plutôt que par la génétique.

Je réponds donc à tous ceux qui me disent que l’obésité a surtout une cause génétique que l’obésité est une maladie multifactorielle mais la prédisposition génétique reste une cause relativement peu importante. Pour citer une étude qui a été reprise maintes et maintes fois par des articles et livres traitant de l’obésité, la cause génétique est plutôt rare, voire même déroutante. Je vous mets le lien vers l’étude ici (http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/j.1550-8528.1997.tb00280.x/epdf) , mais je vous en fait un résumé bref. Plusieurs gènes sont impliqués dans l’obésité. Les gènes codent pour des protéines, et ici il s’agit de protéines impliquées dans les mécanismes menant à la prise de poids. Un en particulier, permet de synthétiser la leptine. Cette protéine régule la prise de graisses, elle donne une information au cerveau sur la taille de la masse graisseuse. Dans les expériences, il n’y a pas de corrélation entre les taux de leptine et l’obésité. De même, les taux de leptine étant sécrétés par les adipocytes, son taux est souvent élevé chez les obèses, donc ça coince. Cela suggère ainsi que la génétique concernant cette hormone-là du moins, n’est que peu impliquée. Il s’agirait donc peut être d’une cause impliquant plusieurs gènes. Ce qui réduirait donc les probabilités de cette cause, une mutation étant par essence, une chose rare, alors plusieurs mutations sur plusieurs gènes ayant une certaine probabilité d’être transmises à la progéniture, ayant de même, une certaine probabilité pour que ceux-ci les expriment, demeure donc relativement minoritaire face à la domination des causes environnementales.

Les enfants gros auront le droit de choisir de manger ce qu’ils veulent sous prétexte qu’on ne doit pas leur imposer les images de la perfection sociétale ? Est-ce que mettre son enfant obèse au régime sera considéré comme la perte des droits de cet enfants, comme de l’abus, de la maltraitance ? Y aura-t-il des associations, des lois contre ça ? Pourquoi un chien obèse est vu comme de la maltraitance sur animal, mais une personne obèse doit être vue comme courageuse et belle ? Est-ce parce que l’animal n’a pas vraiment de libre arbitre ? Est-ce que l’obèse en a vraiment un face à l’obésité ? (Ohlala t’as vu, elle a comparé des obèses à des chiens… quelle connasse.)

Est-ce qu’on peut accepter que bordel de merde, il y a des normes pour des choses et que ces normes, par exemple en termes de poids, sont des éléments à respecter, à honorer médicalement, scientifiquement, pour notre bien-être ? Est-ce que c’est aussi difficile que ça de réaliser qu’on ne peut pas toujours faire ce qu’on veut dans la vie et que peser 200 kg fait partie de ces choses ?

Un peu de positif

Les obèses sont l’extrême du mouvement, mais pour ce qui est du reste je soutiens à 100% le combat contre l’image de la femme parfaite. Et tout simplement parce que bordel, on est loin d’avoir tous le même corps. Tu connais ptet mon poids, mais tu connais pas mon histoire.

Je trouve que les personnes « curvy » devraient être plus présentes dans les médias parce que cela représenterait un réel pas pour s’éloigner de l’image unique. Mais il faut garder à l’esprit que curvy est un terme qui reste relativement neuf et donc subjectif, il n’y a pas de normes pour déterminer si quelqu’un est curvy, mais souvent on arrive plutôt bien à tous se mettre d’accord. Mais les règles du jeu restent les mêmes, et si demain plusieurs études montraient que ceux qu’on appelle curvy sont aussi en train de mettre leur santé en danger, alors c’est avec la larme à l’œil et un pincement au cœur que je pense qu’il faudra y renoncer également.

Egalement, je suis grossophobe mais je ne pense pas du tout que le fat-shaming soit une bonne approche pour aider les personnes obèses. Cela ne favorise que le repli sur elle-même de la personne, et le développement d’un cercle vicieux. Je salue le courage des obèses qui font des efforts en mangeant plus sainement ou pratiquant du sport. Mais je n’apprécie pas ceux qui se complaisent dans leur corps qui est devenu une bombe à retardement et pire que ça, qui tentent de rallier d’autres gens à leur cause. Pour donner un bon exemple de fat-shaming : Le magazine (distributeur automatique de vomi à votre service) en ligne http://www.returnofkings.com/ a osé lancer une fat-shaming week, le but était de « traquer » les femmes obèses et de les humilier ou les insulter. Ce truc est le némésis des Droits de L’Homme, et malheureusement, fat-shaming va souvent  pair avec machisme. Je vous laisse découvrir ce merveilleux site internet, juste par curiosité morbide.

De même, parlons du body positivism, qui consiste à dire qu’il faut aimer tous les types de corps. Je vois que le mouvement est suivi par des personnes ayant des vergetures, des cicatrices, des marques de brûlures, un petit ventre, un handicap. Et je trouve ça super que ces personnes soit ok avec leur corps.

Mais cela peut aussi poser problème, et personnellement, mes problèmes sont simples : il ne faut juste pas que cela mette la santé de la personne en danger, sinon, elle fait ce qu’elle veut. Le fait de voir des corps différents est quelque chose de clairement positif, pour la société, et pour les personnes individuelles. Le problème avec le body positivism, c’est qu’il s’agit d’aimer tous les corps. Ce mouvement souligne le fait que la morphologie n’est pas un indicateur de bonne santé, oui oui, les obèses sont en excellente santé et ne sont pas du tout victime de mortalité élevée ! J’aimerais vraiment voir leurs études et leurs sources afin de plonger moi aussi dans leur océan arc-en-ciel du monde de l’inconscient ! De même ce qui me dérange avec ce mouvement, c’est que le moral et l’estime de soi-même de la personne semblent dépendre presque exclusivement de son physique et de l’approbation publique. Hello, tu n’as pas besoin d’être belle pour être heureuse, tu dois simplement t’accepter, si si c’est vrai. Belle ou moche. C’est plutôt ça qui compte si j’ai bien compris la philosophie. De même, tu n’as pas besoin de poster une photo instagram montrant à qui veut l’entendre que tu te trouves belle. Ça souligne surtout à quel point tu attends l’approbation d’autrui, plus que la tienne. Dommage, tu y étais presque.

S’accepter Stagner

Eh oui sinon on dirait « se résigner ». Ce n’est pas parce que tu décides d’assumer tes 200 kg que tu es « empowered ». Ça suffit avec ça. S’assumer c’est aussi une idée bien moins superficielle que ça, s’assumer est un terme qui devrait aussi être entendu comme un changement possible. J’assume mon obésité, ok, je me connais mieux moi-même et je devrais respecter mieux mon corps pour ne pas le maltraiter avec de la junkfood, des problèmes cardiaques, et mon incapacité à bouger normalement. BodyPositivism devrait s’appeler « MindPositivism » parce que c’est ce qui est réellement en jeu ici : faire ce qui nous plaît avec notre corps parce que ça nous fait du bien à l’esprit. Alors qu’en fait BodyPositivism devrait être une philosophie d’avoir un corps sain, malgré les handicaps.

Ah oui et puisqu’on parle de Junkfood, j’aimerais répondre à un commentaire que j’avais vu une fois qui disait que « Hey, je mange de la junkfood plusieurs fois par semaine, je fume, et parfois il m’arrive de prendre de la drogue, mais comme je suis hyper fine, jamais personne ne m’a fait de remarque sur mon mode de vie, m’a dit quoi manger, quoi faire avec mon corps. Donc on devrait lâcher les personnes en surpoids avec ça, parce que c’est juste un prétexte pour le fat-shaming ».

Ok, plusieurs choses, déjà, mon fer de lance est l’état de santé. Si tu as un mode de vie qui mets en danger ta santé, ben mon discours sera le même pour toi. L’obésité n’est qu’une conséquence de ce que je condamne. De deux… et bien, si personne ne t’a jamais fait de remarques sur ton mode de vie… il est éventuellement temps de réaliser que peut être, personne n’en a rien à foutre, hein ?

Conclure

L’obésité est une maladie et les personnes obèses sont donc des personnes malades. Il s’agit tout autant d’une maladie affectant le physique que le mental. Mais tout cela semble avoir été rapidement caché sous le tapis comme de la poussière par le politiquement correct et la bienséance. Ce qui est important pour les défenseurs d’obèses aujourd’hui, c’est le refus de la norme sociétale ; la liberté à tout prix.

Mais cette liberté a un prix, et vous la payez avec le sang hypercholestérolé, pompé par un cœur entouré de tissu adipeux, à travers des artères athérosclérosées d’obèses.

Bibliographie

[1] http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs310/fr/

[2] http://invs.santepubliquefrance.fr/Dossiers-thematiques/Maladies-chroniques-et-traumatismes/Maladies-cardio-neuro-vasculaires/Les-cardiopathies-ischemiques

[3] http://anaddict-x.over-blog.com/2016/01/astuces-pro-ana-qui-marchent.html

[4] J.P.Adams, P.G.Murphy Obesity in anaesthesia and intensive care. Publié le 1 Juin 2000

Buffy contre les beaufs

Chère Buffy, le 16 janvier 2017 tu t’es retrouvée sous le feu de Twitter. Relous, beaufs et en colère, tu t’es faite lynchée sur la place publique malgré toi.

Et tout ça, après avoir tweeté ça :

Pour commencer, je tiens à dire que je ne comprends pas ta réaction que j’ai trouvée radicale (oui blabla je suis une connasse parce que je suis pas d’accord avec toi) mais laisse-moi t’expliquer ça gentiment. Tu es une fille intelligente qui a beaucoup d’avis sur beaucoup de choses, mais les avis tu sais, c’est comme les…

Pour moi ce SMS était innocent, c’est un type qui te dit juste qu’il te trouve charmante, passe à autre chose meuf. Là où ça aurait dépassé les limites, c’est si le gars t’avais relancé derrière même après l’avoir ignoré. Là y aurait eu un soucis. Mais non je suis désolée, les interactions masculines envers les femmes ne sont pas toutes à prendre comme du harcèlement. Parfois de belles histoires démarrent sur rien du tout, sur un « ça va ? » sur un « je te trouve charmante » alors qu’on a rien demandé. Et c’est ok, on apprend à faire la part des choses, à savoir quand est-ce qu’il faut fixer des limites quand ça va trop loin. A choisir ses batailles. Après peut-être es-tu chatouilleuse à cause d’une histoire précédente qui t’as traumatisée, peut-être en as-tu marre de te faire aborder dans la rue, dans le métro de manière déplacée et là je comprendrai. Mais sinon bof. Là tout ce que je vois c’est que face à un SMS que tu as jugé déplacé, tu t’es donnée beaucoup de mal, tu as :

  1. Répondu à ce SMS, pourquoi ? En quoi était-ce nécessaire ? Ton égo t-y a-t-il obligé ?
  2. Contacté Orange pour balancer.
  3. T’es empressée de montrer au monde ce dont toi, Buffy Mars était capable, regardez les gars, moi aussi j’ai des couilles. Là aussi, problème d’égo ?

Et tu sais quoi, seul le fait de contacter Orange aurait suffit pour en finir avec cette histoire. Ouais, ouais je t’assure.

DONC, le 16 Janvier 2017, tu as pris le SMS du technicien venu chez toi installer je-ne-sais-quoi, comme un affront. Du harcèlement, un événement profondément choquant.

ALORS BIEN QUE : ce SMS était tout sauf professionnel, et illégal de surplus, voire intimidant.

JE, ne pense pas que ta réaction soit « adaptée ». Ce à quoi tu peux évidemment me répondre, ouais mais je t’emmerde en même temps non ? Et tu aurais bien le droit, c’est d’ailleurs ce que tu as fait de m’emmerder. Là où tu as commis un faux-pas, c’est quand tu l’as montré sur Twitter. Toi, la féministe radicale convaincue, est montée fièrement en fulminant sur un piédestal en brandissant ce SMS comme la preuve ultime que les hommes, ben c’est des connards sexistes de dominants  (concept que tu mets en valeur sur tes textes soi-disant sur le féminisme hein, je t’invite à relire la définition du féminisme). Pendant ce temps-là, l’idée que tu voulais montrer, celle qui disait que ben, merde quoi on est pas supposé recevoir de SMS de ce genre et informer d’autres femmes à qui c’est arrivé que c’est illégal et qu’il est possible que des mesures soient prises en contactant le fournisseur d’accès. Ben elle est passée à la trappe. C’est bien simple, elle a été passée sous silence, détruite annihilée. Par nulle autre que toi.

Et je t’en veux pour ça. Je t’en veux vraiment. C’est un peu comme si t’avais découvert le remède contre le cancer… mais pour les cafards. Ça part d’un bon sentiment, mais ça sert à rien.

Qui déclenche le buzz, reçoit la tempête. Et tu ne méritais nullement cette tempête d’insultes. De menaces de morts, de viols, de tout le cancer de la communauté Twitter. Tout cela, c’était injustifié.

Donc ma question c’est Bordel de merde, mais pourquoi il a fallu que tu le foutes sur Twitter ce putain de truc ? Tu as un blog non ? Un blog sur lequel tu adores raconter ta vie, à dire à qui veut l’entendre que t’es une féministe et que t’es végétarienne ? Tu pouvais pas le faire là-bas non ? Non, toi tu voulais qu’on t’adules, tu voulais qu’on te dises à quel point tu es une femme forte et indépendante. Ben c’est raté, je le répète encore une fois au cas où : tu ne méritais nullement tout ce qui t’es arrivé, mais d’un autre côté, quelle idée de mettre tout ça entre les mains de décérébrés sans aucune once de jugeote, hein. Quelle idée d’en faire un affront personnel au lieu de montrer qu’il s’agit d’un problème universel, hein.

Hein ? 🙂

Alors bon voilà

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Comment aborder ce sujet qui est celui “d’être au fond du bac” “du trou” ‘ d’être au plus bas possible dans sa vie ? Et bien considérons d’abord ledit bac.

C’est. un. putain. de. bac.

Voilà.

Y a pas grand-chose à dire si ce n’est qu’un bac c’est un truc qui ramasse, qui prend ce qui tombe. Et généralement, quand on laisse tomber des choses, c’est que ces choses sont plutôt nazes. Et vous y voilà soudain, dans ce bac, celui qui trônait sous vos pieds confortablement posés sur les barreaux de votre espoir. Celui qui vous lorgnait silencieusement tout en vous faisant parvenir ce doux message “si tu tombes, t’es foutu”. Alors on s’amuse, on monte de barreau en barreau l’échelle qui vous fait prendre de la hauteur et s’éloigner de ce bac. Et puis un beau jour, ok, un sale putain de jour, un lundi forcément, vous vous y retrouvez. Et les raisons pour lesquelles vous n’avez pas réussi à atteindre le barreau suivant sont diverses:

Kévin vous a quitté pour Vanessa, vous avez raté votre BEP, Mario le sculpteur pour qui vous deviez poser nue vous a dit “si pa poussible” en vous voyant dévêtue, votre patron vous a viré parce que “c’est immature de poser son postérieur sur les photocopieuse quand on a autant de poils”, ou alors un décès et dans ce cas je n’ai pas vraiment de vanne à faire.

Ce qui est fantastiquement scandaleux quand vous tombez de haut, c’est que vous vous mettez à chercher absolument tout le temps à quel moment ça a commencé à merder. Etait-ce la fois où vous étiez sortie au lieu de réviser ? Etait-ce la fois ou vous aviez couché avec le meilleur ami de votre copain ? Etait-ce tout simplement parce que vous étiez né ? Vous ne savez pas. Vous aurez beau chercher à connaître les moments charnières, les chemins sur lesquels vous auriez du bifurquer, le résultat sera toujours similaire : vous penserez être une merde. Alors que les choses pourries arrivent forcément un jour. C’est comme ça.

Les instants que vous vivrez ensuite ne seront pas plus glorieux, vous passerez certainement par les mêmes étapes qu’après un deuil.

Le déni : Mais non enfin, je ne suis pas un looser. Je vais donc jouer à Borderlands.

La colère : Quel con j’ai été, putain, c’est pas possible d’être con à ce point je vais rater ma vie, plus rien ne sera pareil, je n’ai plus aucune confiance en moi, je vais donc jouer à Borderlands.

Le marchandage : si je joue 2 heures à Borderlands, je penserai 2h de moins à mes problèmes, peut-être que c’est pas si grave finalement.

La dépression : Plus personne ne veut me parler parce que je suis toujours en train de me plaindre, je suis seul. Seul face à un avenir sombre, au moins j’ai Borderlands.

L’acceptation : j’accepte le fait d’être une merde mais je suis niveau 42.

Un schéma résumé et représentatif de ces étapes serait « Alors-bon-voilà ». Alors bon voilà: alors je suis dans la merde… mais bon je vais m’en sortir… et voilà.

L’acceptation ne veut pas dire guérison. L’acceptation c’est juste le fait de se dire “ok, c’est arrivé par un terrible concours de circonstances dans lesquelles j’ai peut-être fait de mauvaises décisions, je l’accepte, c’est encore un sentiment douloureux, mais il ne m’affecte dorénavant plus assez pour en venir à pleurer seul dans ma douche ou de devoir en parler systématiquement.”

Evidemment, quand on a passé un cap assez douloureux, le fait de recommencer quelque chose va avoir lieu sur un chemin glissant. Selon votre traumatisme, il y a un sentiment de panique qui nous envahit, quelque chose va merder, vous le sentez, ça va arriver. Puisque c’est déjà arrivé.

Et puis, petit à petit, on recommence à connaître le goût de succès, même mineurs. C’est simple, c’est con, et pourtant vous trouvez ça légitime de vous égayer pour si peu, allez-y, jetez-vous des fleurs, personne ne le fera pour vous sauf si c’est des orties.

Le fond du bac sera toujours là pour vous rattraper, et très franchement, c’est pas plus mal. C’est quand vous ne cessez pas de tomber dans le vide qu’il s’agit de s’inquiéter. Quand les jours ne sont plus qu’un retranchement additionnel dans la dépression et que vous ne vous voyez plus continuer comme ça. Le destin glisse entre vos mains, vous ne tenez plus aux branches.

Mais faites-en votre pute, le destin, bordel.

Allez-y, dites-vous que c’est vous qui le contrôlez, dites-vous que vous êtes un petit thug avec une existence qui passe crème. Achetez une GoPro et allez-vous faire plaiz dans une station de ski. Mangez du saumon fumé, vivez le 4K de la life, activez-le 1080p de la levrette, faites péter les grosses basses de votre coeur. Mettez des néons partout. Commencez quelque part sur le haut de la page, ou sur le bas si vous êtes un petit gangster.

C’est dans des moments critiques où la concentration doit être au plus proche de votre tâche que vous devez garder à l’esprit une vue lointaine. Alors parfois, quand je me mets à déprimer, je me rappelle que je suis en orbite sur un caillou géant dont le centre n’est que du fer en fusion. Du fer. Même pas du cuivre hein, même les roms n’en ont rien à foutre de récupérer le centre de la Terre.

Alors bon voilà.

Super, ça a marché

c'est des conneries aucun couple peut être heureux en achetant autant de fruits en vrai

-regarde chéri j’ai acheté de l’ananas ;)))) – yeah pizza à l’ananas!!! -jte quitte fabrice

Ça y est. Vous avez tourné 30 ans dans les rayons du supermarché du coin : 2 minutes pour chopper le beurre demi-sel parce que la margarine vous file des boutons, 25 ans pour chercher le fond de teint parfait pour votre herpès labial, 5 ans pour vous décider sur des serviettes hygiénique au lieu de tampons parce que vous étiez pas à l’aise avec le fait d’avoir des rapports intimes avec du coton sanguinolents une semaine par mois.

Vous avez atteint le dernier point de contrôle : la caisse.

Et c’est un problème, la caisse, parce qu’il y a des choses à payer, des secrets à dévoiler, des péchés à confesser. Et la meuf qui prend votre boite de préservatifs taille S suivi de celle XXL de manière nonchalante est votre prêtre.

“‘jour” dit-elle, en évitant votre regard.

Ça y est, elle a devinée que les capotes en S étaient pour Damien du mardi et les autres pour Marjorie le vendredi soir. Et elle vous juge. Elle passe aux serviettes hygiéniques SUPERS ABSORBANTES, “vous savez quand ça coule comme ça faut passez au ciment” dit-elle avec ses yeux fatigués et son sourire cassé. Et de la bouffe pour hamster, même pas fichue d’avoir un chat, un bâtard hein, ça passe très bien, nique les races. En parlant de race, la bouteille de vin rouge glisse sur le tapis

“Très bon ce vin, j’ai déjà goûté” lance-t-elle soudainement comme pour rallumer la lumière d’espoir que le monde a éteint en vous.

“Ca passe tout seul oui” répondez-vous au tac-o-tac.

Félicitations, elle pense maintenant qu’en plus de Damien, Marjorie et pourquoi pas le hamster, c’est le vin que vous vous enfilez seule.

Ahlala le gel douche intima spécial cramberry arrive, il est venu le temps des confessions urinaires. Post Tenebra a shitload more tenebra, voilà que le beurre refuse de se faire scanner. Elle retente, non toujours pas, le code barre est mal fichu. Peut-être qu’elle pourrait déplier un peu le papier pour mieux afficher le code, peut-être pourrait-t-elle appeler une copine et lui demander ce fichu code, peut-être que la dame n’a pas de copine.

“Laissez je le prends pas.”

“Z’êtes sure ?”

“Oui oui, c’est bon.”

Vous sortez votre carte de crédit en fendant l’air, en même temps que vos lèvres fendent un sourire. La lumière est au bout du tunnel et vous sentez déjà la chaleur du bonheur envahir votre visage. Ce n’était pas aussi difficile après tout hein ? Vous en faites toujours beaucoup pour rien, mais au final ça se passe toujours tranquillement dans votre vie.

La carte est refusée.

Monde de merde.

Vous affichez votre air “non mais j’ai de la thune en vrai” le plus crédible. Parce que ça y est, votre statut social, économique, facebook, d’humain est remis en cause, les clients derrière vous remettent en cause, la caméra au-dessus vous remet en cause, le chihuahua de la troisième caisse à gauche vous remet en cause. Vous avez juste envie de les remettre à leur place. Un peu comme vous allez devoir le faire avec les articles très bientôt si votre carte reste en mode filsdeputerie. La caissière vous regarde avec un air plein de reproches à cause de votre compte en banque vide d’argent. C’est la mort sociale, elle grave votre épitaphe avec un stylo en bouteille d’eau recyclée : “Aurait pu frotter sa carte”

“Hein ?”

“Ben oui, frottez votre carte” répète-t-elle avec un ton conciliant.

Frottez-la, oh oui, contre votre jean, plus à droite, un peu plus bas, lààà oui c’est bien, frottez-là bien cette puce.

On la remet. Oui, tu peux le faire, allez crédit agricole, montre-leur qu’on déconne pas avec nous. Zéro tracas, trois mille blablas, ah merde, mauvaise banque. OUI, code bon. Comme moi.

Et soudain, tout va bien.

On venait de vous condamner à perpétuité, maintenant vous êtes libéré sans caution, sans casier, sans soucis, la vie est belle, vous n’avez tué personne finalement c’était une simple erreur de typo impliquant de la malchance et une très grande paire d’élastiques. Vous êtes quelqu’un de bien, vous méritez plus que de la margarine premier prix.

« Vous avez la carte du magasin ? »

« Ca va, c’est pas si grand »

“Bonne journée.”

“Merci vous aussi.”

Reste plus qu’à trouver un autre supermarché où le code barre d’un beurre demi-sel sera visible.

Changer

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C’est quelque d’habituel. Une action mêlant excitation et crainte. Excitant grâce les perspectives nouvelles et sympas qu’il peut amener. Effrayant à cause des échecs, remords et regrets qu’il pourra apporter.

Le changement est un mélange entre l’encre noire du passé, chargé, et une encre blanche encore vierge du turfu, le résultat étant un putain de présent au flou grisé. Rarement fortuit, de temps en temps attendu, parfois forcé, souvent craint, toujours imprévisible, le changement, c’est maintenant que j’en parle (je suis vraiment désolée).

Lorsque quelque chose change, le premier réflexe de tout être humain est de comparer à ce qui était avant mais qui n’est plus maintenant, et inversement. Ce n’est pas forcément en termes de qualité impartiale que l’on compare le passé et le présent ; quand notre main chaude touche quelque chose de froid, on ressent quelque chose d’autant plus glacé, mais cela ne veut pas dire qu’il l’est. C’est avec notre perspective, nos sens, notre jugement, notre expérience, une vision purement subjective que nous voyons la différence entre le passé et le présent. En gros, arrêtez de nous faire chier avec vos « c’était mieux avant ». Je suis consciente des améliorations pourries et des évolutions inutiles. Tout comme je suis consciente qu’il y a des choses qu’on n’arrive pas à apprécier parce qu’un rapprochement systématique avec ce qui nous est  familier est fait. Un manque d’œil neuf nous rend aveugle. Aveugle à la nouveauté, au changement qui bouleverse ce à quoi nous sommes habitués. Comme si ce à quoi nous avions été confrontés à une période antérieure jouissait forcément d’une priorité dans nos affinités. Et la réponse à cette manière de voir les choses est toujours la même « on a toujours fait comme ça » « ouais mais je préfère les trucs que j’ai vu en premier ». Alors, l’aversion de l’innovation serait-elle liée à une flemmardise intellectuelle ? Ou plutôt une nostalgie invétérée ?

Parce que non, les nouveaux Pokémons ne sont pas plus moches, le nouvel iPhone n’est pas plus moche, le nouveau James Bond n’est pas plus moche. C’est vous qui l’êtes. Et comme je suis bien lancée, non, le dernier Star Wars n’est pas plus « nul » que les autres. Si jamais vous oubliez cela, regardez La Menace Fantôme une nouvelle fois en essayant de vous taquiner légèrement la crista galli avec une tronçonneuse.

Parfois, on aime juste constater qu’il y a une différence, simplement parce qu’alors cela veut dire qu’on n’a pas stagné. Parfois, on aime voir que des choses sont restées les mêmes pour entretenir un sentiment de sécurité et de familiarité.

Et parfois, on veut juste dire nique sa mère à ce qui était, ce qui est et ce qui sera.

De ce que je me souviens, les changements ont toujours été des choses qui passaient mal mais qui, au final, étaient nécessaires. Par flemmardise, la personne que j’étais parfois disait oui à ce que celle que je suis maintenant refuserait. Parce que c’était trop chiant de dire non, trop chiant de créer un conflit, de devoir protéger son avis, de lui filer un sabre laser, une armure et de devoir l’aider à se défendre. De risquer une défaite, de risquer de voir que son opinion n’était pas bien construite, avec des arguments en carton. Non, c’était bien plus facile de s’asseoir et d’accepter la défaite plutôt que d’essayer et de se fatiguer pour peut-être réussir quelque chose qui aurait peut-être eu des conséquences néfastes. Parce que oui, parfois je préfère une défaite confortable plutôt qu’une victoire amère.

Inversement, des décisions ont été prises brusquement, des jugements ont été hâtifs et trop de fois on fonce dans le mur sans penser qu’il pourrait y avoir un mec qui campe avec un AK-47 de l’autre côté. Alors on apprend à marcher plus lentement, à s’imposer malgré la difficulté et à se faufiler derrière elle, à prendre son temps et réfléchir aux conséquences. Et à lui trancher la gorge à l’opinel.

Les changements les plus fréquents concernent surtout les relations sociales. Principalement parce que les relations sont dures à entretenir, que vos interactions avec certaines personnes ont une date d’expiration, que vous n’êtes plus la même personne qu’avant, qu’elles non plus, qu’il y a de ces gens à qui on a plus rien à dire, que ce que vous dites quand on vous demande « comment ça va » c’est un vrai mensonge et une fausse réponse que vous donnez : « bien. ». J’ai appris ce qu’étaient réellement l’importance des relations sociales à la fac. C’était un environnement nouveau avec des bâtiments trop grands, des escaliers que je n’avais jamais foulés, des bancs sur lesquels je ne m’étais jamais assise. Et pourtant, c’est sur ces bancs inconnus que j’y ai rencontré des gens que je connais toujours. Pas meilleurs, pas nazes, mais des gens qui me correspondaient. Ca a pris le temps que ça a pris, mais ça a marché. Il y a eu des connards, des connasses, des timides, des inintéressants, des fougueux, des gens superbes, des fils de putes, des fils à papa ; souvent ces deux derniers allaient ensemble.

Cela dit les changements les plus durs ont toujours été les ruptures. Certaines beaucoup plus que d’autres. En outre le fait que vous coupez un lien fort avec une personne spéciale, il y a aussi le fait de se dire que celui ou celle avec qui vous disiez je t’aime peut crever sous vos yeux sans que vous ne sourcillez. Avec la rupture vient son lot de questions.

Qu’elles ont été mes erreurs ? Est-ce que je peux changer ça ? Est-ce que j’en ai envie ? Est-ce que ça valait le coup ? Est-ce qu’elle/il valait le coup ? Comment est-ce que ça pourrait être mieux avec quelqu’un d’autre ? Est-ce que ça sera aussi bien ? Est-ce que je vais ressentir quelque chose de nouveau ? Est-ce que c’est toujours illégal de tuer ?

Est-ce que j’ose tomber amoureux une nouvelle fois ?

Et toutes ces conneries.

Et puis c’est reparti : Vous sortez d’une relation, c’était long et chiant, un peu comme un film de série B, et vous devez vous remettre en selle. Sur un vélo, ou sur un mec, ou une meuf ou la toute dernière poupée gonflable à moitié prix que vous venez de dégoter dans une benne dans une petite banlieue de Marseille. Entre deux coups de feu vous vous êtes emparé de la gourgandine en silicone, vous l’embarquez sous un bras comme vous aviez l’habitude de le faire en boîte avec des filles un peu trop ivres et pas assez vêtues. Remarquez, les deux ne se débattent pas beaucoup.

C’est à ce moment-là que vous prenez vraiment conscience du confort dans lequel vous vous étiez engouffré en étant en couple, de cet espèce de canapé de plumes qui vous avait accompagné tout le long de votre relation : vous n’aviez plus besoin de draguer mais au moment où on s’y attend le moins : vous avez mis du sparadrap sur votre petit cœur et de nouveaux draps sur votre grand lit. Vous rencontrez une jolie personne. Si elle était comestible, elle serait de la glace au cookie. Il vous plaît. Vous le draguez, vous discutez pas mal le soir, vous vous voyez de temps en temps, vous vous embrassez après avoir bu du vin, vous tombez amoureux petit à petit. C’est reparti. S’en suivent alors de nouvelles questions :

Est-ce que ça sera mieux ? Est-ce que ça va encore se passer comme la dernière fois ? Est-ce que je l’aime ou est-ce que je veux qu’on m’aime ? Est-ce que je viens de faire une rature sur mon ancienne relation pour en placer une nouvelle à côté, ou bien est-ce que j’ai pris une nouvelle page ? Est-ce que j’ai jeté tout le cahier pour en prendre un nouveau ? Est-ce que je garde l’ancien quand même ? Qu’est-ce que je dois faire ?

Et de même, s’en suit de nouvelles résolutions :

Je n’accepterai plus jamais ça. Jamais plus je ne ferai ça. Cette situation ne se représentera plus jamais. Je n’autoriserai plus cela. Vous vous lancez de nouveau dans un couple avec une dynamique différente.

Parce que c’est nouveau à chaque fois. Parce que vous avez en face de vous une personne différente avec sa petite valise posée à côté de lui. Qu’il est là, prêt à monter dans votre voiture pendant que vous lui allumez les sièges chauffants et passez Bohemian Rhapsody  alors qu’il s’installe confortablement. Vous êtes là, avec toutes ces choses que vous avez apprises sur l’amour, tout ce qui fait qu’au final, une nouvelle personne est tombée amoureuse de vous. Vous êtes un téléphone sur lequel on a ajouté de nouvelles applications, un nouveau fond d’écran et en sonnerie Hotline Bling. Les relations précédentes vous ont forgé de manière à ce que vous soyez prêt à rentrer dans le game. A vous mouvoir dans l’autoroute de l’amour. Vous savez désormais quand est-ce qu’il faut savoir continuer à rouler vite et quand est-ce qu’il faut s’arrêter un moment et remettre un peu de passion sans plomb à 4000€ LE MILILITRE VUE SUR LES ALPES HOTEL SPA 42 ETOILES SANS VIS-A-VIS TOILETTES CHAUFFANTS PQ EN VISON 100% PUR VISON WALLAH C’EST VRAI dans le réservoir de votre couple. Suivant cette métaphore, vous savez aussi très bien quand est-ce qu’il faudra donner un coup de frein sec en espérant que l’autre s’étouffe avec la ceinture de sécuritey.

Et ne croyez surtout pas ce qu’on raconte sur les Soulmates, ce n’est qu’un concept créé dans l’unique but de vous gâcher la vie. Un concept bien trop simpliste et enfantin pour s’appliquer à la difficulté des relations humaines, un concept dans lequel on accorde plus d’importance à l’idée de ce qu’est la personne plutôt qu’à ce qu’elle est vraiment. Par cette logique, si vous croyez à l’âme sœur, vous êtes également un égocentrique qui peint quotidiennement une auréole à votre effigie autour de votre compagnon, une auréole de perfection qui ne fera que l’étouffer et l’empêcher d’être ce qu’elle est vraiment, c’est-à-dire, tout sauf une âme sœur. Ce n’est pas parce qu’une autre personne aime les mêmes stupidités que vous qu’elle vous est prédestinée.

La personne qui vient de rompre avec vous n’est pas la fille qui vous correspondait le plus sur la Terre. Parce que si vous n’êtes plus ensemble il y a une raison. Et même si les circonstances ne permettent pas de blâmer l’un de vous deux, ces circonstances sont arrivées et ont fait que d’une façon ou d’une autre les choses ne peuvent pas bien redémarrer. Vous pouvez croire au Karma, et même au destin si vous êtes un peu farfelu sur les bords (comprendre : vous êtes naïf et grave chelou).

Ce n’est pas simplement une question de croix à mettre dans des petites cases, vous n’êtes pas juste là à voir les nouvelles fonctions de votre compagnon, c’est pas un nouvel aspirateur, et même s’il partage quelques compétences de succion avec notre petit compagnon bruyant de ménage, non, ce n’en est pas un.

Alors se relancer dans une relation et partager un petit bout de chemin, ou préférer quelque chose de nouveau c’est avant tout faire preuve d’énergie pour donner sa chance à des choses ou des gens et ensuite décider selon ce qui se passe. Et au final, il y a quelque chose de merveilleusement horrible dans le fait de relancer quelque chose, de recommencer là où avant il n’y avait qu’un échec. Et d’attendre de voir la réponse du futur. Parce que l’échec rend le succès d’autant plus gratifiant.

Clic

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C’était vide autour de moi. Des kilomètres de sable s’étendaient partout où mon regard glissait. C’était comme être dans un autre univers, une autre galaxie, ailleurs. C’est ce que j’avais toujours fait sans m’en rendre compte : être ailleurs.

J’étais à Tokyo quand on bouffait  au restaurant. J’étais dans le cockpit d’un Hornet quand on s’endormait ensemble. En train de m’imaginer sur un champ de bataille quand on s’enlaçait sur un banc face au lac.

J’avais voulu rentrer avant que la nuit ne tombe, et puis il y eut un « clic ». Mon glas avait sonné, j’avais aussitôt arrêté de courir sans commencer à saisir ce que ce clic précédait. C’était un bruit incroyablement doux pour un objet fantastiquement cruel, d’abord en déni, vous n’y croyez pas. Ce n’est pas ce que vous pensez, il doit y avoir une erreur dans l’univers, cela ne pouvait pas vous arriver à vous. Puis elle apparaît comme une vérité implacable : sans bouger votre pied dessus, comme si vous ne vouliez pas la contrarier. Comme si cette arme pouvait vous comprendre et vous épargner. Vous négociez avec : peut-être que si vous sautez assez loin vous survivrez, peut-être que vous pouvez trouver une pierre assez lourde pour vous remplacer. Mais il n’y a rien autour de vous à part ces grains de sables grossiers qui s’immiscent partout, ceux qui, une fois agglutinés correctement, pourraient éventuellement constituer une masse appréciable. Mais ils se contentent de passer sur vous, le vent les soulève à hauteur de votre visage. D’abord doux, ils ne font que vous caresser, puis le vent redouble et dans leurs zèles : ils commencent à vous écorcher lentement.

J’avais l’habitude, 2 mois que je vivais dans ce trou perdu pour tout et rien. Pour être seul, pour être avec moi-même, pour oublier ma vie que le succès bouffait petit à petit, pour ne plus être invité à tous les galas du monde où les gens se serrent la main avant de se l’essuyer dès que l’autre est retourné, pour ne plus avoir à sourire à des inconnus qui ne me connaissent pas, pour ne plus être aimé par ce qui est superficiel et temporaire, pour abandonner un monde dans lequel je n’étais plus vivant mais survivant. Pour être loin d’Elle, de ses mains fines et de son rictus qui gonflait ses pommettes. Loin de ses push-up et de son rouge à lèvres. Loin de toi. Je t’en ai écrit des lettres. Des putains de mots doux, des bêtes de poèmes, des saloperies à l’eau de rose. Je t’aurais dit « Lisa, je t’aime, espèce de salope. » « Lisa, j’aimerais finir ma vie comme je l’ai commencé avec toi : sans savoir pourquoi » « Lisa, ne tombe amoureuse de personne d’autre : il y a trop de gens fous dans ce monde, mais aucun ne l’est de toi à part moi. » « Lisa, mon amour, tu es une putain de bonnasse. » « Lisa, attends-moi. Attends que j’aille mieux. Attends que tout ça passe, ne fait pas sauter toutes les lumières quand une diode clignote encore. »

Mais il y avait eu ce clic. Le verre de whisky posé sur ma table basse ne sera jamais bu. Le saumon dans le frigo allait pourrir. J’avais littéralement payé des bactéries et des champignons pour le bouffer à ma place. Le journal que je lis en me rasant le matin ne sera plus déplacé avant que l’on ne s’inquiète pour moi. Qui s’inquièterait ? A qui répondais-je « non » quand on me demandait si ça allait ? A qui pensais-je quand je jouais Hallelujah à la guitare ? Qui est-ce que je voulais baiser quand j’étais bourré ? Qui est-ce que je n’envoyais pas niquer sa mère quand mon monde s’écroule ? Est-ce que je devrais enlever les piles de toutes les montres que je n’utilise plus ? Avec qui avais-je encore envie de me disputer juste histoire de garder le contact ? Qu’est-ce que voulait dire le fils de pute qui avait déclaré « Je pense donc je suis » ? Je suis donc je pense ? Je suis coincé, le pied sur une mine et quand je ne le serai plus, je ne penserai plus ? Je pense à toi donc je suis à toi ?

Je voulais la Dolce Vita, la liberté, le choix, l’aventure. Mais ne faire que ce que l’on veut impliquait une solitude. C’était compris dans un menu maxi Best Of.  A quoi ça servait de garder le contact dans cette vie de zapping généralisé ? Tu n’aimes pas ce que tu vois à la télé ? Tu zappes. Tu n’aimes plus cette musique ? Tu ne l’écoutes plus. Tu n’aimes plus cette personne ? Tu la bloques. Tu n’aimes plus cet endroit ? Tu n’y vas plus. N’essaie pas de faire en sorte d’aimer. C’est quoi aimer ? C’est quand tu penses à quelqu’un et que la seule chose que tu peux dire c’est « Oh, putain » ? Aimer c’est quand un rayon de soleil vient réchauffer ta peau glacée ? C’est donc ça ? Des photons sur du froid ? Une onde électromagnétique débile sur des cellules épidermiques à la con ?

C’était trop compliqué. La vie était une chieuse. J’avais tout réussi. J’avais tellement réussi que je n’en voulais plus. C’était comme bouffer du caviar à tous les repas alors que je voulais une pizza surgelée. Je passais ma vie dans des soirées où on m’offrait des bières à 25 balles la cannette quand je voulais simplement rester en pyjama devant Fight Club. Du mec en costard-cravate, je suis devenu l’ermite qui avait ce qu’il voulait sans avoir ce dont il avait vraiment besoin : des gens qui en ont quelque chose à foutre de lui. Des rendez-vous importants, j’en suis devenu à n’avoir qu’une seule responsabilité quotidienne : arroser un bambou. Mais même si je ne me voyais pas mourir en limousine, un verre du meilleur vin chilien à la main, les ongles manucurés, les pompes cirés, jamais rien ne m’avait préparé à mourir à cause d’une chose aussi petite, aussi implacable. Je la voyais distinctement à présent. Mon bourreau gisait là, sous mon membre inférieur, patient.

Le pied dessus, j’avais l’illusion du choix : ma vie s’était réduite à un laps de temps plutôt court, laps de temps durant lequel je pouvais cependant choisir une fin. Mon cœur battait comme jamais, faisant pulser mon sang de plus belle et je me suis senti. Pour la première fois, je pouvais sentir la vie glisser le long de mes artères : depuis mon tronc pulmonaire, passant par les poumons puis revenant à cette fantastique pompe par les veines pulmonaires, remplissant mon cœur de ce liquide plein de vie qui se répandait ensuite dans tout mon corps. J’étais vivant au moment de mourir. J’étais vivant.

Puis j’ai retiré mon pied.

World War Z

Skyrim2

Me revoilà.

J’avais laissé ce blog en friche pour des raisons personnelles.

Nan vous savez quoi ? Nique l’anonymat, en vrai j’avais des examens à passer. Des examens. Ces choses qui sont là pour vous dire si vous êtes bons pour passer à plus dur ou pas. Qui sont là, les mains dans les poches à vous juger sur un temps limité au lieu de prendre en compte tout ce que vous avez fait. Un peu comme si vous veniez de faire de l’humanitaire pendant 1 an et qu’on vous avait dit que vous étiez un salaud égocentrique parce que vous veniez de terminer la dernière patate

Et j’aimerais dire un petit mot à toutes ces âmes adorables qui vous tombent dessus comme des sachets de ketchup au McDo, celles qui vous disent toujours les mêmes choses, un peu comme les paroles d’Around The World.

« Ça va bien se passer. »

« Ca va bi-en se pass-eeeeeer, je le sens. T’as vachement bossé, c’est bon. Y a pas de raisons que ça rate. »

Oh mais ta gueule. Y en a plein des raisons, et elles se ramènent en tenue de cuir, fouet à la main à ma porte d’entrée tous les jours en période de révisions, pas vêtues grenouillère en pilou-pilou. Alors c’est gentil à toi de m’encourager mais tu ne sais pas si ça « va bien se passer ». En fait, tu sais que dalle. Tu ne sais pas si je lis, si je lis correctement, si je comprends ce que je lis, si je sais refaire ce que je lis, si je comprends ce que je refais, si je lis ce que je refais. Tu ne sais pas. Tu sais simplement ce que j’aimerais qu’il arrive. Et il peut en arriver des choses, que ce soit ma faute, celle du prof, celle du karma, du Destin, ou encore de Billy la Boule à thé. En résumé, ce que tu fais, c’est comme organiser un anniversaire à un hamster : C’est gentil, mais ça sert à rien. Même si tu essaies d’effacer des doutes évidents.

On doute, on doute beaucoup de ce qu’on est capable de faire principalement parce qu’on est pas calé à 100% sur toute une matière et que l’examen peut tomber sur n’importe quoi en même temps que le ciel sur vous. Et ça fait mal, et en général, j’aime assez peu avoir mal.

Lourde est la sauce blanche de nos espoirs sur le kebab de la réalité.

Voilà que vous étiez tranquillement en train de construire un canard avec des légos qu’un Sumo Japonais arrive et vous éclate les sinus avec une-balayette-rotative-intégrée-samsung-OMG-made-in-china-2000Volt-Booba. Les étudiants sont tous assis devant leurs feuilles en ayant l’air trop concentrés, mais la vérité sa mère c’est qu’ils sont en train de faire des high-kick à des QCMs avec points négatifs et qu’il y en a qui sont en train de prendre méchamment chers. Si on pouvait voir un examen se dérouler de manière métaphorique, c’est comme ça que je le verrai du moins.

Les examens c’est la période où vous passez de « ok, ma vie va plutôt pas mal, d’ailleurs, j’ai une pizza dans le frigo, vous voulez 2€ ? J’ai plein d’euros monsieur le clodo, prenez-les ça fait plaisir. »

à :

« C EST PAS DE LA BONNE COKE DES FAMILLES CA ? MSKINE LE CLODO IL A PAS PU ME RATTRAPER MDR »

Qu’est-ce qui se passe dans notre tête et dans notre corps pour les examens ? Et bien d’un point de vu externe vous êtes « un petit peu sur les nerfs », d’un point de vue physiologique vous niquez bien vos races. La journée vous êtes mort, la nuit, vous voudriez l’être. C’est World War Z all over again (Et je ne parle pas du film complètement à côté de la plaque mais bien de l’ouvrage de Max Brooks). Alors que se passe-t-il dans votre journée ? Simple.

Café. Caffeine. Koffein. Ca-Fé-Ine. Amie sublime. Ensuite on se brosse les dents, comment on fait déjà ? Droite à gauche ? Haut en bas ? Ouais c’est ça. On ouvre un bouquin ? Ok, chapitre 12. Combien de pages ? 36 Putain. D’ailleurs, c’est pas mon niveau dans Skyrim 36 ? Ah ce qui est sûr c’est que c’est pas ta mère qui fait du 36, hein. MDR AUTOCLASH. Je me sens seul. Personne ne m’aime. Bon il y avait cette fille. Elle doit être en train de bosser. Je lui parle ? Je vais lui poser une question de cours pour savoir où elle est en est. « Hey. ». 2 heures plus tard toujours pas de réponse. Vas-y nique ta mère. Oh y a un « vu ». Elle doit me kiffer. Elle en met du temps pour répondre. Vas-y bébé tu veux mon corps, dit-le. C’est simple, y a toutes les lettres sur un clavier pour me l’écrire, ça doit bien signifier quelque chose non MDR. Elle me renvoie « Hey. » Ok. Ne fait pas d’effort pour continuer la conversation surtout. Faut toujours prendre les choses en mains avec les nanas, le souci, c’est que moi je veux simplement la prendre. Quoi dire ? Je lui demande comment elle va ? Non trop banal. Je dois bosser putain. Ok, pose-lui une question de cours, faut pas qu’elle se sente nulle mais challengée. Ah voilà. T’es sûr ? Ouais, vas-y c’est bon.

« C’est quel type de muscle déjà, l’anus ? »

Aoutch.

Les symptômes d’un examen sont très simples et ils se résument en un mot : Morfler.

Vous savez que vous êtes en examen quand la seule chose qui reflète bien votre humeur actuelle sous forme d’objet n’est autre que la discographie intégrale de Booba. Ça fait mal, vous qui étiez plutôt Grizmatik jusque-là. S’en suit quelques larmes ninja, un peu comme celles que vous vouliez cacher après avoir regardé Nos étoiles contraires ou Interstellar avec cette raison stupide que vous aviez évoqué devant le film « Non c’est les popcorn, quand y a trop de sel ça stimule mon canal lacrymal. »

Et puis s’en est trop de ces révisions. Vous craquez. Rien qu’une bouteille de rouge puisse consoler. C’en est fini de vous, il y a trop de choses à apprendre et contrairement aux pizzas, vous devez faire face à la vérité douloureuse; vous n’arriverez jamais à en avaler autant. Il n’y aura jamais assez de post-it dans le monde entier, de surligneur et de café pour vous venir en aide. Le temps semblait s’envoler, l’échéance s’approcher, et pourtant vous aviez l’impression que le temps s’était arrêté pendant un instant. Il faut faire le point sur votre situation : soit vous vous en sortez pas trop mal, soit vous avez fantastiquement merdé quelque part et il va falloir rattraper ce retard ou pire : parler à des gens juste pour rattraper ce retard. La panique vous submerge, et si les autres étaient au point ? Et si j’étais celui qui est à côté de la plaque ? Et si j’étais seul ? Une image horrible était celle où j’étais moi-même en train de courir un marathon et perdre en route les autres participants. A partir de là, vous vous dites que si vous n’avez pas suivi le cortège, c’est que c’est foutu. Sauf qu’un examen n’est pas une course, un examen c’est une partie d’échecs ; un jeu où il faut prendre son temps et jouer à sa manière tout en gardant un œil sur le jeu de l’autre en face. Vous décidez de bouger votre fou ? Bah ok, c’est votre choix, assumez-le, protégez-le, sacrifiez-le, faites-en ce que vous voulez, mais jouez en conséquence. Vous décidez de sortir un soir et de vous mettre une mine pendant vos révisions ? Bah ok. Mais vous devrez jouer en conséquence par la suite, ajustez votre jeu à vos mouvements précédents.

Une chose que j’ai apprise pendant cette période : Ce n’est pas parce que quelqu’un semble être calé sur la matière, qu’il répond à vos questions, qu’il a refait des exercices 5 fois de plus que vous qu’il va réussir et vous pas. Il a simplement plus de chances de réussir que vous mais ça ne vous descendra pas pour autant. Alors : Keep it cool, babe.

Et si vous êtes en médecine… Que les Hungers Games commencent et “May the odds be ever in your favor”